CHARLES
BAUDELAIRE (France, 1891 - 1867)
LE POISON,
from "Les fleurs du mal"
Le vin sait revêtir le plus sordide
bouge
D'un luxe miraculeux,
Et fait surgir plus d'un portique fabuleux
Dans l'or de sa vapeur rouge,
Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux.
L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes,
Allonge l'illimité,
Approfondit le temps, creuse la volupté,
Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l'âme au delà de sa capacité.
Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers...
Mes songes viennent en foule
Pour se désaltérer à ces gouffres amers.
Tout cela ne vaut pas le terrible prodige
De ta salive qui mord,
Qui plonge dans l'oubli mon âme sans remords,
Et charriant le vertige,
La roule défaillante aux rives de la mort!
TRANSLATION
POISON
Wine knows how to adorn the most
sordid hovel
With a miraculous luxury,
And calls forth more than one fabled portico
In the gold of its red vapor,
Like a sun setting in a nebulous sky.
Opium enlarges that which has no bounds,
Lengthens the limitless,
Deepens time, hollows out voluptuousness,
And fills the soul beyond its capacity
With black and dismal pleasures.
None of that equals the poison that flows
From your eyes, from your green eyes,
Lakes in which my soul trembles and sees itself reversed...
My dreams crowd about
To quench their thirst in these bitter abysses.
None of that equals the terribly prodigy
Of your corrosive saliva,
Which plunges my soul into oblivion without remorse,
And, conveying giddiness,
Rolls it swooning to the shores of death!